La légende anglaise du but Alan Shearer a publiquement conseillé à l'entraîneur Thomas Tuchel d'adopter une composition de départ plus « audacieuse » pour le premier match de la Coupe du monde : laisser la star du Real Madrid Jude Bellingham sur le banc et confier le poste de numéro 10 derrière Harry Kane à Morgan Rogers, en pleine forme à Aston Villa. Les Three Lions ouvriront la phase de groupes le 17 juin face à la Croatie, avant d'affronter le Ghana et le Panama dans le groupe L ; classés 4e au classement FIFA et toujours considérés comme l'un des favoris au titre, la manière dont se dessine leur onze de départ conditionnera directement le moral du début de tournoi et les possibilités de rotation par la suite.
Premier match, risques : le numéro 10 et l'incertitude liée aux blessures
Lors de la convocation de ses 26 joueurs, Tuchel a surtout insisté sur l'harmonie du vestiaire, mais à l'approche du coup d'envoi, plusieurs choix difficiles demeurent pour le onze de départ. Outre l'information des médias selon laquelle John Stones, sur le départ de Manchester City, serait « susceptible » de débuter face à la Croatie, la bataille pour le numéro 10 concentre toute l'attention : Bellingham et Rogers sont tous deux envisagés comme les options les plus probables derrière Kane. Shearer a déclaré au Sun que Rogers « a peut-être un tout petit avantage pour l'instant » — Bellingham a été gêné par une ou deux séries de blessures cette saison, tandis que Rogers enchaîne des performances stables en club ; « je parierais sur lui en titulaire, pour Bellingham, il faudra encore voir », a-t-il ajouté.
D'un point de vue de gestion des risques, il ne convient pas de miser sur un état physique incertain au poste clé de meneur de jeu pour le premier match contre la Croatie (11e au classement FIFA) ; garder Bellingham en réserve préserve à la fois une marge de manœuvre tactique et limite le risque qu'une récidive de blessures handicape toute la compétition. À l'inverse, forcer un joueur qui peine à retrouver son rythme à enchaîner 90 minutes pourrait, en cas de nouvelle contrainte physique, réduire l'avantage de profondeur de banc dont dispose l'Angleterre dans un calendrier étouffant.
Rogers en pole position : ses stats et son état d'esprit tiendront-ils la pression d'une compétition majeure ?
L’appréciation de Shearer à l’égard de Rogers est très précise : talent exceptionnel, attitude irréprochable, « digne d’une place en Coupe du monde et capable de viser un très haut niveau ». Il admire la manière de jouer de Rogers et espère que ce jeune homme saura confirmer sur la scène internationale. Il faut garder la tête froide : si le joueur d’Aston Villa s’est imposé en championnat, l’intensité psychologique d’un premier match de Coupe du monde, la pression adverse et le barème arbitral n’ont rien à voir avec la fin de saison en club — si Tuchel alignait réellement son équipe selon la logique de Shearer, ce serait utiliser le match d’ouverture pour tester la résistance mentale de Rogers en grand rendez-vous, tout en plaçant Bellingham sur le banc dans un rôle de remplaçant capable de « changer le rythme à tout moment ».
Bellingham sur le banc : flexibilité tactique ou pression médiatique
Bellingham reste un joueur de premier plan au Real Madrid, et un historique récent de blessures ne doit pas être réduit à un simple « recul de forme ». Shearer reconnaît aussi que les onze titulaires peinent à tenir tout le tournoi ; avec le calendrier dense et les fortes chaleurs de la Coupe du monde actuelle, la rotation est devenue la norme, loin du vieux modèle de 1998 où « la même équipe jouait du début à la fin ». Tuchel est réputé pour gérer les stars sur le banc et préserver l’équilibre du vestiaire — si Bellingham débutait sur le banc au premier match, l’enjeu ne serait pas de savoir s’il est « remis en cause », mais s’il pourra entrer après la 60e minute comme joker décisif face au Ghana (74e au classement FIFA), au Panama (33e au classement FIFA) et, le cas échéant, en phase éliminatoire.
La situation du groupe et le plan global de Tuchel
L’écart de niveau entre les adversaires du groupe L est net : la Croatie conserve rang et points au sein de l’élite européenne, le Ghana a enchaîné récemment des matchs serrés 0-0 en qualifications, tandis que le Panama se maintient dans le haut du tableau FIFA. Une victoire anglaise dès l’ouverture laisserait de la marge pour gérer l’effort et tester des combinaisons sur les ailes lors des deux matchs suivants ; titulariser Rogers et garder Bellingham en remplaçant reviendrait, en substance, à échanger un « départ à faible risque + option offensive à fort potentiel » contre une plus grande marge de manœuvre tactique durant la phase de groupes.
Du point de vue de la gestion d’équipe, le véritable défi de Tuchel à l’heure actuelle n’est pas de convaincre l’opinion publique d’accepter une composition « affiche », mais de faire en sorte que les 26 joueurs sentent, à différents moments, qu’une voie vers les titularisations existe — le « bold pick » souligné par Shearer ne sera retenu comme décision réussie que s’il se traduit par des buts ou des passes décisives lors des deux matchs suivants ; sinon, ce ne sera qu’avoir anticipé la polémique médiatique dès le match d’ouverture.
Points à suivre
Lors du match du 17 juin contre la Croatie, trois éléments méritent une attention particulière : Stones intégrera-t-il la paire de centraux comme l’annoncent les médias, l’efficacité de la première connexion entre Rogers et Kane, ainsi que la condition physique et la réactivité aux consignes tactiques de Bellingham s’il entre en jeu. Si la liste finale correspond aux recommandations de Shearer, les supporters devront s’habituer au récit d’un « onze de départ pas au maximum pour l’opener, mais un effectif de 26 au top sur tout le tournoi » — en ligne avec l’harmonie et la logique de rotation mises en avant par Tuchel, et conforme aux exigences réelles de profondeur de banc à la Coupe du monde moderne.